25 Août 2026

Portada » Le choix de l’océan

Le choix de l’océan

25 agosto, 2026
Francés
Mapa del Atlántico Norte con un chincheta azul sobre Islandia, ilustrando la ubicación de la isla en el Círculo Polar Ártico y su posición estratégica en el debate sobre la Unión Europea. Le choix de l’océan.
Photo : Ivana Medic, via Unsplash. Un chincheta marca Islandia en un mapa que destaca el Círculo Polar Ártico, simbolizando la geografía clave en el debate del país sobre la soberanía marítima y el futuro europeo.

Par Roberto Arriola García | 24 août 2026

 

Le 29 août 2026, les Islandais seront appelés aux urnes pour décider s’ils souhaitent reprendre les négociations d’adhésion à l’Union européenne. Il ne s’agira pas encore de choisir entre l’adhésion et le maintien à l’extérieur de l’Union. Si les négociations reprennent et aboutissent à un traité, celui-ci devra faire l’objet d’un second référendum.

Pourtant, derrière une question institutionnelle apparemment européenne se trouve une interrogation profondément maritime : jusqu’où l’Islande est-elle disposée à partager la gouvernance de l’espace océanique qui a contribué à construire sa souveraineté?

Choix de l’océan

Pour comprendre cette question, il faut regarder au-delà de l’économie et considérer ce que l’on pourrait appeler l’imaginaire océaniqueislandais : l’ensemble des représentations historiques, culturelles et stratégiques par lesquelles une société interprète sa relation avec l’océan et lui attribue une place dans son identité collective, ses institutions et ses priorités nationales.

En Islande, cet imaginaire plonge ses racines dans les origines mêmes du pays. Le peuplement nordique de l’île, à partir du IXe siècle, fut une entreprise maritime. Les voyages vers le Groenland et, plus tard, vers l’Amérique du Nord ont inscrit la navigation dans les récits fondateurs de la société islandaise.

Pendant des siècles, l’agriculture et la pêche ont ensuite constitué les deux piliers de la subsistance. Avec la modernisation économique des XIXe et XXe siècles, la pêche est toutefois devenue beaucoup plus qu’une activité productive : elle a fourni une partie essentielle des ressources nécessaires à la construction de l’Islande moderne.

Cette relation entre océan et souveraineté s’est cristallisée pendant les guerres de la morue avec le Royaume-Uni. Entre les années 1950 et 1970, l’Islande a progressivement étendu les limites dans lesquelles elle entendait contrôler ses ressources halieutiques, jusqu’à 200 milles marins.

Conception de la souveraineté

Les confrontations entre la Garde côtière islandaise, les chalutiers britanniques et la Royal Navy ont marqué la mémoire nationale. La maîtrise des ressources marines est ainsi devenue intimement associée à l’indépendance économique et politique du pays.

Un demi-siècle plus tard, cette mémoire revient au cœur du débat européen.

L’Islande participe déjà largement à l’espace européen par l’Espace économique européen et Schengen. Mais l’adhésion à l’Union soulèverait une question particulièrement sensible : l’application de la politique commune de la pêche. Pour une partie de la société islandaise, transférer certaines compétences dans ce domaine ne constitue donc pas simplement une décision technique. Cela touche directement à une conception historique de la souveraineté.

C’est ici que l’imaginaire océanique devient politiquement visible.

Transformation géopolitique

Le débat du 29 août oppose en réalité deux interprétations possibles de la même condition maritime.

La première considère que la maîtrise nationale des ressources océaniques demeure l’une des garanties fondamentales de l’autonomie islandaise. Dans cette perspective, les enseignements des guerres de la morue restent pertinents : un petit État doit conserver la capacité de gouverner les ressources dont dépend sa prospérité.

La seconde estime qu’un pays de quelque 400 000 habitants, situé au cœur d’un espace stratégique de plus en plus disputé, peut mieux protéger ses intérêts en participant pleinement aux institutions européennes.

Cette dernière lecture est renforcée par la transformation géopolitique de l’Atlantique Nord et de l’Arctique.

Débat européen

L’Islande se trouve au centre du passage Groenland–Islande–Royaume-Uni, le GIUK Gap, essentiel à la surveillance des mouvements navals entre l’Arctique et l’Atlantique. Membre de l’OTAN mais dépourvue de forces armées permanentes, elle dépend depuis longtemps de ses alliances pour sa défense.

La guerre en Ukraine, l’activité maritime russe dans l’Atlantique Nord et les incertitudes entourant l’évolution stratégique de l’Arctique ont donc ajouté une nouvelle dimension au débat européen. L’Union n’est plus seulement considérée sous l’angle du commerce ou de la monnaie, mais également comme un possible complément à l’architecture de sécurité du pays.

Le référendum islandais révèle ainsi quelque chose de plus profond que l’avenir d’une candidature européenne.

Il montre comment un imaginaire océanique peut continuer à structurer les choix géopolitiques d’une société contemporaine.

Pendant des siècles, les Islandais ont appris que leur prospérité et leur indépendance dépendaient de leur capacité à comprendre, exploiter et gouverner l’océan qui les entoure. Le 29 août, ils devront déterminer si cette souveraineté maritime est mieux préservée par l’autonomie institutionnelle ou par une participation plus étroite à l’Europe.

Pour l’Islande, la question européenne demeure donc, en grande partie, une question maritime.

 

À propos de l’auteur

Roberto Arriola García est un avocat spécialisé en droit maritime et en gouvernance des océans, fondateur de Latin American Maritime Law Studies (LAMLS) et auteur de Treatise on Mexican Maritime Law: Maritime Centrality and Oceanic Imaginary.

 

Imagen cortesía de Redacción Opportimes | Opportimes