ARTICLE D’ANALYSE.
Roberto Arriola García
Le 29 août 2026, l’Islande n’a pas rejeté l’Europe. Elle a refusé de reprendre les négociations d’adhésion à l’Union européenne. Le Non a obtenu 52,8 % des voix, contre 47,2 % pour le Oui, avec une participation de 82,6 %. Le vote portait sur les négociations, non sur l’adhésion.
L’Islande demeure intégrée à l’Europe par l’Espace économique européen, le marché unique et l’espace Schengen. Elle reste membre de l’OTAN. Elle conserve toutefois hors du cadre de l’Union la pêche et l’agriculture.
Le référendum n’a donc pas opposé souveraineté et intégration. Il a départagé deux manières de les concilier. L’adhésion aurait donné à l’Islande une voix pleine dans les institutions européennes qui élaborent des règles importantes pour son économie. L’Espace économique européen lui assure un vaste accès au marché, mais sans la même participation au vote final sur ces normes.
Cette autonomie est sélective et négociée.
Une décision depuis la mer
Les deux circonscriptions de Reykjavík ont soutenu la reprise des négociations; toutes les autres ont voté contre. La monnaie, l’agriculture, la sécurité et la confiance institutionnelle ont aussi compté. Il serait donc excessif d’attribuer chaque vote au seul secteur halieutique.
La pêche a néanmoins occupé une place particulière. En Islande, elle renvoie à l’indépendance nationale, à la mémoire des guerres de la morue et à la conviction qu’un petit pays doit conserver la maîtrise des ressources marines qui soutiennent sa prospérité.
C’est ici qu’intervient l’imaginaire océanique : la manière dont une société représente la mer, lui attribue une signification et l’intègre à son identité collective. L’océan devient alors un critère pour évaluer des décisions économiques, diplomatiques et institutionnelles.
De l’imaginaire à l’État maritime
L’imaginaire océanique explique pourquoi la mer compte. Le concept d’État maritime montre comment cette importance se transforme en capacité publique.
L’État maritime ne se définit pas par la simple possession d’un littoral. Il se forme lorsque l’océan est intégré de manière durable au droit, à l’économie, aux institutions, à la diplomatie, à la sécurité et à la stratégie de développement.
L’Islande illustre cette distinction. Sa population et son territoire terrestre sont modestes, mais sa position entre l’Amérique du Nord, l’Europe et l’Arctique, ses ressources halieutiques et sa cohérence institutionnelle lui confèrent une capacité stratégique supérieure à son poids démographique.
La mondialisation 2.0
Dans ce texte, l’expression « mondialisation 2.0 » décrit simplement une phase où l’ouverture économique persiste, mais se réorganise autour de la résilience, de la sécurité économique, des chaînes d’approvisionnement régionales et de la concurrence géopolitique.
Dans ce contexte, les petits États ne doivent pas seulement choisir entre ouverture et autonomie. Ils doivent déterminer ce qu’ils souhaitent intégrer, partager, protéger et négocier.
Un État maritime bien gouverné peut mieux résister à la dilution de ses priorités, non parce qu’il se retire de l’interdépendance, mais parce qu’il connaît les actifs stratégiques sur lesquels repose sa capacité de négociation. Cela exige des institutions crédibles, une politique maritime cohérente et la capacité de soutenir les choix nationaux.
Le modèle islandais n’est pas universel. L’Espace économique européen repose sur une architecture juridique et historique particulière. Il montre toutefois qu’un petit État maritime peut participer profondément à un ensemble régional sans abandonner toute marge de décision sur les domaines qu’il considère vitaux.
Après le vote, la première ministre Kristrún Frostadóttir a annoncé que son gouvernement respecterait le résultat et ne relancerait pas les négociations pendant son mandat. La relation avec l’Union européenne se poursuivra donc dans la proximité, mais sans adhésion.
| L’Islande n’a pas tourné le dos à l’Europe. Elle a défini, depuis la mer, la limite de son intégration. |
À PROPOS DE L’AUTEUR
Roberto Arriola García est avocat spécialisé en droit maritime, en gouvernance des océans et en politique publique maritime. Il est fondateur de Latin American Maritime Law Studies (LAMLS) et auteur du Traité de droit maritime mexicain.